Le lendemain ce fut mon portable qui me réveilla. Génial, ça voulait dire qu'on était lundi matin... Je marmonnas quelques jurons et tiras les couvertures sur ma tête. Je comptas jusqu'à dix, rassemblant mes idées et mon courage, puis jetas mes couettes le plus loin possible et dans la foulée balanças mes jambes par-dessus mon lit. Je fus prise de vertiges plus puissants que d'habitude mais rien de bien grave. Après une petite minute je me levas en ménageant cette fois ma pauvre tête. J'eu une brève hésitation et me rendis conte que mes douleurs avaient presque toutes disparus. Je sentais mes jambes encore un peut faible, mon bras droit étaient raide et courbaturé, mais à par ça tout paraissait en ordre.
Il ne me semblait pas avoir passé une excellente nuit mais dans l'ensemble je me sentais bien. Un peut dans les vapes mais je ne fis aucun effort pour me faire redescendre sur terre. Je n'en avais pas envie. Je pris mes vêtements, allât à la salle de bain et passas mon bras droit sous l'eau chaude, puis très chaude, jusqu'à ce qu'il se détende. Ensuite je m'habillas et descendit à la cuisine où un mot m'attendait sur la table.
« J'ai dut partir plus tôt, une urgence, je rentrerait vers 19h30 pour te passer un savon.
Bonne journée
Bizous
Maman. »
Elle avait vraiment des horaires de dingue ! Il était huit heurs moins dix et elle rentrerait à dix-neuf heurs trente. Je ne deviendrais jamais chirurgienne... ou urgentiste... me dis-je, je n'avais jamais vraiment pris la peine de faire la différence. Je relus le mot et souris. Par « passer un savon » elle voulait dire qu'elle allait vouloir vérifier si je n'étais pas droguée, alcoolique ou dépressive, mais ça n'irait probablement pas plus loin.
Je n'avais pas faim mais le goût de la soupe aux poissons restait dans ma bouche alors je pris un gâteau sablé et un vers de jus d'orange. Tout en mangeant, je savourais le calme de la maison plongée dans la peine ombre. Nous ne vivions que toute les deux, ma mère et moi. J'étais fille unique et ma mère avait quitté mon père quand elle avait appris à 18 ans qu'elle était enceinte. Non, je vous jure, c'est elle qui l'a quittée, mon père ne doit même pas savoir que j'existe. Dès qu'elle avait appris qu'elle allait avoir un bébé ma mère a compris qu'elle ne pouvait pas rester avec un mec comme mon père, se reposer sur lui, lui faire confiance, elle a décider de gérer ça seul. A 18 ans et en suivant ses études de bio puis de médecine ! Bien sur mamie a aidé, une fois qu'elle l'a su, c'est-à-dire plus de trois mois après ma naissance. Une fois je lui avais demandé si elle avait était en colère contre ma mère parce qu'elle lui avait caché mon existence. Mamie m'a répondu « Je lui ai fait la moral, pendant à peut près trente secondes. » Puis elle c'était retourné vers moi et avait ajouté avec un clin d'½il, « J'aurait fait exactement la même chose a ça place, mais surtout ne lui dit pas. »
Ma mère et ma grand-mère étaient des battantes, des warriors même, et moi... Les images de samedi soir me revinrent en mémoire. Ma course éperdue dans les rues désertes de la ville, ma fuite. J'avais été lâche, horriblement lâche. Je m'étais toujours juré de ne jamais fuir, comme ma mère l'avait fait. Mais j'avais fuit, j'avait courut comme un lapin pourchassé par une meute de chiens. Je bouillonnais de l'intérieur. Plus j'y pensait et plus la rage montée en moi. Je tentais de me contenir, de calmer les flammes qui commençaient à me consumer, de retenir les larmes qui me brûlaient les yeux, mais c'était dur, très dur. Mon regard se posât sur le miroir du salon. Le visage blafard, les mâchoires serrées, les yeux rouges, le regard pathétique. La rage ce mêlât de honte et de dégoût. Quelque chose explosât et je balanças le paquet de gâteau sur le miroir qui vibrât sous l'impacte alors que les biscuit ce désintégraient en petits morceaux.
Il fallut que l'horloge « bip » huit heur pour que je reviens dans le monde réel. J'étais resté dans une sorte d'hébétude enragée, me retenir de tout casser m'accaparait l'esprit au point que je ne pouvais faire un geste ou penser à autre chose. Je me retournas pour poser mon vers sur la table de travaille et me rendit conte qu'il ne restait plus que des morceaux de vers brisés dans ma main saignante. Je lâchât immédiatement les débris et me passât la main sous l'eau. Ca saignait beaucoup bien que les entailles ne semblaient pas profondes. J'attrapas l'essuie-tout le la main droite et me l'enroulas autour de l'autre main avant de me précipité vers l'armoire à pharmacie de la salle de bain. Dans ma précipitation je me renversas la bouteille de désinfectant dessus et ma peau pris une couleur rose chewing-gum, puis je me recouvris la main de bandages.
Je m'arrêtai un instant devant mon pansement improvisé. Je n'étais pas sûr du tout que l'on procède de cette façon pour appliquer un bandage. Je m'étais souvent blessé mais c'était toujours ma mère qui s'occupait de me rafistoler. Après quelques secondes, je remarquais que le sang ne se voyait pas à travers le bandage. Plus de peur que de mal. Les images de samedi me revinrent une fois de plus en tête, j'avais du eu sang sur les main là aussi. En y repensant cela ne semblait pas si étonnant que ça... J'avais dut le griffer, ou peut être que je n'ai fait qu'rouvrir une récente blessure, et si ça se trouve y avait pas tant de sang que ça, j'ai juste eu peur c'est tout...essayais-je de me convaincre. Il est étonnant de voir comme l'esprit humain est capable de se tromper lui-même, de nier l'évidence, pour que tout rentre dans les normes de sa logique, tout comme il est capable de nier toute logique pour donner crédit a ses croyances. Mais en l'occurrence, quelque chose en moi persistait à me dire que mon explication n'était ni croyable ni logique.
Je me regardas à nouveau dans le miroir mais cette fois se fut sur la fine rayure cerclant mon cou que mes yeux se fixèrent. La seule remarque que mon cerveau réussi à faire fut : Tu pourras dire qu'on t'a arraché ton collier. Je n'avais alors qu'une vague idée de la véracité de ma pensée.
Soudain je revins au monde réel. Il était huit heurs dix passé et j'allais être en retard. Je descendis les escaliers, attrapât mon sac, passât la porte, donnât un tour de clef, attrapât mon vélo et dévalas la rue à toute vitesse. J'arrivai au lycée juste après la fermeture les grilles du garage à vélo. Obligée de l'adosser à une maison je me dis qu'il y avait une chance sur cinq que je le retrouve se soir et une chance sur dix que l'un des riverain ne m'ai pas crevé les pneus d'ici là. Le cartier c'était ligué contre l'invasion des vélos de lycéens, juste après avoir signé une pétition contre les voitures et les scooteurs.
Il n'y avait presque plus personne dans le hall, et tous les couloirs étaient plein à craquer. Je me faufilas jusqu'à ma salle de cours où les autres élèves de ma classe attendaient. Mon arrivée passa relativement inaperçus dans le vacarme et l'agitation mais petit à petit les élèves entrèrent dans leurs classes et les couloirs finirent par être entièrement vide. Plusieurs de mes camarades s'intéressèrent alors à moi mais le plus étonnant c'est que j'eux juste droit à quelques blagues de potaches, puis chacun retournât à son petit groupe, à ses petites histoires, à sa petite vie. La journée fut plus qu'habituelle, quelques question sur mon bandage mais tous ceux qui étaient là lors de la soirée m'avait vue avec la main en sang donc le nombre de gens à informer étaient réduit, et ce fut tout. Je restai loin du monde comme à mon habitude, mangeai seul et en quatrième vitesse, et passai mon temps libre assise dans les couloirs à rêver ou à lire. Pas palpitant mais je préférai çà à l'agitation et aux conversations du « commun des mortels », de plus c'était idéal quand on voulait s'occuper l'esprit et le remplir d'information vide de sens mais oblitérant toute pensée, tout souvenir.
La cloche sonna la fin des cours et je sortis retrouver mon vélo. Il était toujours là mais les pneus étaient bien crevés, coupé au couteau. Autour de moi d'autre élèves s'énervaient et tapaient du pied devant les cadavres de leurs deux roues. Un instant l'envie de faire comme eux me pris, mais qu'es ce que ça changerait ? Je défis la chaine, accrochât mon sac au porte bagage et commençât à rentrer à pied.
Il était dix-huit heur passé, un lundi de novembre, et la nuit commençait déjà à tomber sur ce jour froid. Je ne m'étai pas assez couverte en partant et le vent serpentait sous me vêtements. Les ruelles sombres réapparurent, encore. Je tentai de les chasser mais elles persistaient, défilant dans ma tête jusqu'à me mener au cul-de-sac. Son ombre réapparus. Ses mains, son odeur, sa présence entière reparus comme un monstre sortant de sa boite. Soudain j'eux un frisson qui me fit trembler tout le corps et mon bras droit se mis à me lancer. Je ressentis d'abord une douleur aigue, comme si on me coupait la peau au rasoir depuis l'épaule jusqu'au poignet. Je lâchas mon vélo et m'agrippas l'avant bras avec ma main gauche, me pliant en deux pour contenir la douleur. Puis tous les muscles de mon bras se contractèrent et il me sembla que mes nerfs prirent feu. Je tombas à genoux sur le bitume, prise de vertiges, alors que mes oreilles se mettaient à bourdonner et que ma vison se criblait de petites taches de lumière.
Si je n'étais que très vaguement consciente des personnes qui s'agglutinaient autour de moi et il m'était absolument impossible de savoir se qu'ils disaient, ni même de leur accorder la moindre attention. Quelqu'un m'attrapât le bras et je le retirai aussi sec, déclenchant une nouvelle vague de douleur qui manquât me faire vomir sur le pavé. Sous mes doigt je sentais mes muscles se tendres, gonfler, ondulaient, comme si j'avais un animal qui se débâtait furieusement à la place de mon bras. On tentât de me l'attraper à nouveau mais cette fois la poigne était ferme et je ne pouvais pas m'en défaire. La douleur était insoutenable et ma peau me brulait littéralement là où on l'avait empoignée. Je réagis alors instinctivement et mordu à pleine dent ce bras inconnus qui me faisait tant souffrir. A travers les bourdonnements j'entendis un cri de surprise puis de douleur. Une odeur de viande emplis mes narines, suivit par un léger gout ferreux, et je sentis mon bras se détendre et les brulures se calmer. Puis, il me semblât qu'un bus me rentrât dans figure et je lâchai ma prise.
Le coup de poing assigné par celui qui quelques secondes plus tôt voulais m'aider me fit reprendre mes esprits. La souffrance c'était affaiblie en une plainte lancinante, les haut le c½ur avaient disparut, mais le taches de lumières et le bourdonnement étaient toujours là, ainsi qu'une désagréable douleur à la joue droite. Ce qui était probablement dut au formidable crochet du gauche de mon « sauveur ». Ma tête était posée sur le pavé froid du trottoir et je me relevas péniblement, mon bras droit toujours séré contre moi. J'eux une légère sensation de vertige mais cela passât immédiatement. Les cris attirèrent mon attention sur se qui se passait au dessus de moi.
« -...un peut ce qu'elle m'a fait ! dit avec colère un homme qui relevait la manche de son pull pour montrer son bras saignant.
-Elle à la rage ou quoi ? rayât une jeune fille derrière moi.
-Mais non elle à juste eux peur, et vous avait dut lui faire très mal, fit remarquer un homme juste au dessus de moi.
-Ouais, bâ, elle a de la chance que je lui montre pas ce que c'est que d'avoir mal ! »
Quelqu'un s'accroupis alors à coté de moi en posant sa main sur mon épaule mais mon attention était entièrement accaparée par ce qui se passé au dessus de moi.
« -Je vais lui casser les dents ça lui apprendra à me...
-Calmez v...
-Ca suffit ! »
Le ton de ma voie me fit sursauter moi-même et l'effet sur les autres en fut déroutant. L'homme qui un instant avant menacer de me frapper avait fait un pat en arrière et me regardait avec de grand yeux effarés, derrière moi une jeune fille poussât un petit cri de surprise, et le reste des gens ne bougeaient plus d'un cil. Sur l'instant je ne remarquai rien, mon regard était fixé dans la rétine de celui que j'avais mordu, une expression de colère et d'agacement sur le visage.
Je me relevai sans détourner le regard, mon bras droit contre ma poitrine. A coté de moi un petit garçon qui devait avoir huit ans, ses cheveux ondulés et en bataille lui descendant jusqu'aux épaules, m'imitât sans un mot. Je restai un moment les yeux braqué sur l'homme, les dents serrées, ne sachant trop que faire mais bouillonnant de colère. Lui ne détourât pas le regard, comme un lapin prix dans les phares d'une voiture, jusqu'à ce qu'un de ses amis lui attrape l'épaule et lui dise de laisser tomber. Je tournas alors la tête et vis la demi-douzaine de personne que me regardait comme si il m'était poussé des antennes. Cela me mis encore plus en colère, enrager même.
Il y eux alors un mouvement sur ma droite accompagné d'un bruit de caoutchouc et d'un crissement métallique. Le petit garçon aux cheveux ondulés remit mon vélo debout et me regardât dans les yeux. Les sien avaient une couleur ambre qui lui donnait un air bestial. Puis sans un mot il se mis en route, fendant la foule et remontant la rue sur laquelle je marchait il a quelques instants. Sans réfléchir je lui emboîtai le pat, marchant au nivo de la roue arrière de mon vélo, utilisant mon bras gauche pour soutenir le droit, ne pensant surtout à rien, me contentant de ressentir la colère dans chaque parcelle de mon corps.